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La reine d’Angleterre, les cygnes noirs et les stress tests des banques européennes

En visite à la London School of Economics, après de crash d’octobre 2008, la Reine d’Angleterre posa une question toute simple « Pourquoi les économistes n’ont-ils pas prévu la crise ».
Cette question est un blasphème pour tous les économistes qui ont applaudi ces dernières décennies à la nobelisation d’éminents professeurs d’économie qui nous ont démontré que LE MARCHE s’autorégule et que la gestion des risques est une science exacte.
Les économistes ont construit leurs modèles d’analyse de risques sans tenir compte des ‘cygnes noirs’ chers à Nassim Nicholas Taleb (1). Sa théorie est simple, pendant longtemps les occidentaux n’ont vu que des cygnes blancs. Ils en ont déduit que tous les cygnes étaient blancs jusqu’au jour où ils ont découvert qu’il existe sur terre des endroits où vivent des cygnes noirs. La surprise a été d’autant plus grande que la théorie était bâtie sur une certitude : « tous les cygnes sont blancs ». Un analyste prudent aurait construit sa théorie « à ce jour, tous les cygnes rencontrés sont blancs ». Il aurait été moins surpris de rencontrer un cygne noir puisque sa théorie n’en niait pas l’existence.
En 2006, un spécialiste du ‘risk management’ nous expliqua son modèle de risques basé, selon le courant de pensée dominant, sur une extrapolation des mouvements observés dans le passé. A la question : « si un aveugle traverse une quatre voies sans se faire renverser, quel niveau de risque comptabilisera votre modèle ? » il fut très contrarié car la réponse est « zéro ». Certes l’aveugle a eu de la chance cette fois ci mais au retour il pourrait bien rencontrer un ‘cygne noir’ cet élément imprévu, non en compte dans le calcul, car il ne s’est pas encore produit, et se retrouver au mieux à l’hôpital, voire au cimetière. On est effrayé de penser que tout notre système de gestion des risques fonctionnait selon ce modèle.
Au fait, il fonctionne toujours selon ce même modèle. Si vous ne le croyez pas, demandez aux pauvres japonais qui le découvrent avec un risque majeur d’apocalypse nucléaire. Les murs de protection avaient été construits pour résister à des vagues de 7 mètres (observations passées) mais pas à des vagues de 10 mètres (une nouveauté). Les 3 mètres d’eau de mer, non prévus, ont inondé et détruit les systèmes de refroidissement indispensables pour éviter LA catastrophe absolue.
Nos banques européennes sont invitées à s’auto-évaluer prochainement sur des hypothèses de risques, sur lesquels les lobbies financiers négocient âprement pour qu’ils ne fassent pas mal à l’image du système bancaire européen. C’est-à-dire qu’il ne face pas apparaître sa fragilité.
Les faiblesses que les dirigeants de nos banques européennes souhaitent cacher sont liées aux risques sur : les grandes quantités de dettes souveraines qu’elles détiennent en portefeuille, les énormes positions spéculatives qu’elles continuent à prendre journellement pour compte propre (parce que cette activité représente une part importante de leurs profits), les créances hypothécaires assises sur des prix de l’immobilier dopés par des taux ridiculement bas et une abondance de liquidités créée sur du vent par la BCE. A tout cela, il faut ajouter que les banquiers n’acceptent pas d’envisager, pour les stress tests, l’hypothèse d’une baisse des marchés boursiers de plus de 15% alors que certains indices ont perdu trois fois plus en 2008.
Pour résumer, les dirigeants de nos banques ne croient pas aux cygnes noirs, il n’y a que des cygnes blancs. Le Wall Street Journal Europe titrait récemment « l’Europe pourrait répéter l’échec de son précédent stress test ». Si même les étatsuniens, qui ont déjà bien à balayer devant leurs portes ne croient pas dans les futurs stress tests de nos banques, que dire de plus.
Si, on pourrait dire que le total des dettes des banques françaises est égal à 300% du PIB de la France alors que le total des dettes des 3 premières banques US est égal à 39% du PIB des Etats Unis. (2)
Pour couronner le tout, le ratio ‘dettes sur fonds propres’ de Lehman Brothers lors de sa faillite était de 32,2 (soit, pour faire simple, 32 fois plus de dettes que de fonds propres). Il est aujourd’hui de 62,4 pour Dexia.
Tout cela n’est pas bon signe et devrait continuer à stresser la Reine d’Angleterre, et nous aussi !
Roger Greden
(1) Voir le livre « Le cygne noir – la puissance de l’imprévisible » de Nassim Nicholas Taleb aux éditions ‘Les belles lettres’
(2) voir http://economiededemain.blogspot.com/ l’excellent article de François Messner

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