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L’erreur d’une zone euro sans défaut

Deux économistes étatsuniens réputés Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff ont écrit un livre, récemment traduit en français, qui analyse comment les Etats ont géré (réglé) leurs problèmes de surendettement au cours des huit derniers siècles, dans le monde.

Ce travail de recherche considérable, a fait apparaître que, sur les cinq continents, le moyen le plus couramment utilisé par les Etats, pour régler leur problème de surendettement, a été tout simplement le « défaut de paiement ».

Récemment, des politiciens de différents Etats de la zone EURO ont lancé de manière péremptoire l’affirmation « un Etat ne fait pas faillite » pour rassurer les prêteurs inquiets des Etats surendettés.
Nul ne peut dire qu’ils n’ont pas dit la vérité. Il est vrai qu’un Etat, contrairement à une entreprise, voire à une personne privée, ne fait pas faillite.
Mais ces habiles politiciens n’ont pas, pour autant, dit toute la vérité aux prêteurs naïfs. Ils ont omis de dire qu’un Etat, s’il ne fait pas faillite, peut faire défaut. Un défaut de paiement bien organisé au détriment de ses créanciers.

Quelle est la différence entre une faillite et un défaut ?
Pour faire simple, lorsqu’une entreprise fait faillite, ses actifs sont vendus sur la place publique pour rembourser ses créanciers. Par contre si la France faisait défaut demain ; tout comme une entreprise, elle serait incapable de payer ses fournisseurs, ses employés et ses créanciers, néanmoins le Palais de l’Elysée et les autres biens de l’Etat français, parmi lesquels son stock d’or, ne seraient pas vendu aux enchères publiques.
Le gouvernement français pourrait, par exemple, décider unilatéralement (ou en concertation avec ses créanciers et le FMI) qu’il ne remboursera que 60% du montant de ses dettes, sur une période de 20 ans et à un taux fixe de 3%.

Avoir choisi la France pour cet exemple n’est pas le fait du hasard, ce pays détient le record européen avec un total de huit défauts (entre le XIVe et le XVIIIe siècle).

Un autre pays habitué du défaut et qui s’en rapproche à nouveau est l’Espagne avec sept défauts au cours du seul XIXe siècle.

Au début du XXe siècle, pendant la grande dépression des années 30, de nombreux Etats européens, ne pouvant plus faire face à leurs dettes, ont fait défaut. On citera : la Hongrie, la Roumanie, la Grèce et même l’Allemagne.

Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, les défauts ont été surtout le fait d’Etats d’Amérique du sud parmi lesquels des Etats importants comme : l’Argentine, le Brésil et le Mexique.

Souvent le défaut s’accompagne d’une inflation généreuse faisant baisser la valeur de la monnaie de cet Etat si bien que les montants remboursés le sont, en plus, dans une devise dévaluée aussi parfois appelée « monnaie de singe ».

Les auteurs indiquent dans leur thèse que, sur longue période, l’histoire montre que les Etats ont accumulés les promesses financières, trop souvent mal honorées, au détriment des prêteurs naïfs ou avides.

L’histoire européenne récente nous a montré deux nouveautés en la matière : l’achat de dettes d’Etats européens surendettés par les autorités chinoises et la création de mécanismes au niveau de la zone EURO pour éviter les défauts d’Etats membres.

Examinons d’abord la situation des « sauveteurs chinois ». Ils possèdent 2.500 milliards de dettes émises par les USA et ils n’ont pas la naïveté de penser qu’elles seront entièrement remboursées un jour. Ils n’ont donc pas peur d’acquérir un peu de dettes de pays européens surendettés dont ils n’ont pas non plus la naïveté de penser qu’elles seront entièrement remboursées un jour. Leur générosité est uniquement basée sur les contreparties qu’ils négocient en échange de ces « sauvetages ».
Leur calcul est double, ils aident un ‘client’ (l’U.E. est le plus gros acheteur de produits ‘made in China’, devant les USA) à survivre et donc à continuer à leur acheter (ils veulent aussi sauver leur propre économie) mais surtout ils négocient habilement des compensations telles que l’accès privilégié des bateaux chinois au port du Pirée, l’entrée de sociétés chinoises dans le capital d’entreprises stratégiques espagnoles ou portugaises, etc.
Les Chinois sont conscients que l’achat de dettes européennes ‘pourries’ est le prix à payer pour acquérir des avantages, à moyen, long terme, qu’ils ne pourraient obtenir autrement.

Les dirigeants de la zone EURO, pour préserver la monnaie unique, mettent en place des mécanismes ‘anti-défaut’ ce qui constitue une nouveauté du genre surtout qu’ils s’accompagnent d’un discours rassurant de lutte contre les risques de défaut de certains ‘Etats membres’ de la zone.
Il n’est pas sûr que le fait de s’opposer au mécanisme régulateur du marché, que constitue le défaut, soit une bonne chose. L’avenir le dira.

Jusqu’ici, lorsqu’un Etat faisait défaut, les prêteurs lésés refusaient de prêter plus encore ce qui obligeait l’Etat à revenir à des pratiques budgétaires saines, facilitées par les avantages nés du défaut et de la dévaluation de sa monnaie pour redresser la compétitivité de son économie.
Pendant quelques années, l’Etat était boudé par les investisseurs mais une fois ses finances remises en ordre, la confiance se rétablissait et les prêteurs revenaient.

Le défaut est une thérapie de choc qui a le mérite de sanctionner les investisseurs, avides de rendement (nos banques principalement) qui négligent le niveau de risques liés au surendettement d’un Etat mal géré. Pour l’Etat en défaut, la nécessité de prendre les mesures appropriées et notamment fiscales remet les finances en bonne santé après quelques années d’une nécessaire cure d’austérité.

En sauvant la Grèce et l’Irlande, les dirigeants de la zone EURO ont, avant tout, subventionné les banques créancières de ces pays avec, en prime, le rachat par la BCE, à ces mêmes banques européennes, de quantités de créances pourries de ces deux Etats surendettés. Ce faisant, la BCE s’est transformée en ‘bad bank’ ce qui n’est pas sa mission.

Il n’est pas sûr que l’aide apportée aux Etats PIGS et aux autres Etats à venir (Belgique) soit une bonne initiative. L’histoire montre que malgré les difficultés qui y sont liées, les défauts de payement constituent la sanction normale pour les investisseurs avides et l’obligation pour les autorités de l’Etat en défaut de revenir à des finances saines. Ces deux éléments permettent d’éviter le renouvellement, à court terme, de nouveaux comportements malsains de part et d’autre.

Le vrai défaut dans cette affaire ne serait-il pas en réalité une erreur dans la politique de la zone EURO qui empêche ses Etats membres surendettés de faire défaut ?

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